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Le visage du silence

  • Photo du rédacteur: H.L Noctis
    H.L Noctis
  • 21 févr.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 févr.


La pluie effaçait les corps dans l’allée. À chaque averse, la ville semblait se purifier un peu, et pourtant, à chaque éclair, on distinguait ces ombres étendues sur l’asphalte, alignées comme les notes d’une partition sinistre.

Le commissaire Dianov marchait lentement, sa lampe glissant sur les flaques rouges.

Six en trois mois.

Tous à la même heure.

Tous avec le sourire figé d’un masque qu’on leur avait cousu sur le visage.

Les journaux l’appelaient déjà « le Couturier ».

Le meurtrier ne laissait rien : pas d’ADN, pas d’empreinte. Simplement ce fil noir, tendu sous la peau, et cette couture parfaite qui refermait les lèvres de ses victimes.

— Il leur apprend à se taire, murmura le médecin légiste en retirant un autre masque.

Dianov ne répondit pas. Il connaissait ce genre d’hommes. Ceux qui tuaient pour prouver qu’ils entendaient quelque chose que les autres ignoraient.

La septième arriva un jeudi.

Une femme retrouvée dans son appartement, assise devant un miroir brisé, comme surprise au milieu d’une conversation.

Sur le mur, écrit avec du sang :

« Tu n’écoutes jamais vraiment. »

Ce soir-là, Dianov rentra chez lui sans un mot.

Il vivait seul, dans un immeuble presque vide de la périphérie. L’ascenseur grimaçait, l’ampoule du couloir clignotait en rythme avec son cœur.

Il posa son arme sur la table, retira sa veste trempée et remarqua, sur le miroir de l’entrée, un petit autocollant qu’il n’avait jamais vu auparavant :

Une oreille dessinée à la main.

Il resta là de longues secondes à la regarder.

Une idée absurde le traversa :

et si toute cette mise en scène n’était pas pour le public… mais pour lui ?

Vers minuit, le téléphone sonna.

Pas un mot, seulement une respiration.

— Couturier ? dit-il dans un souffle.

Un rire presque enfantin lui répondit :

— Tu m’as entendu cette fois.

L’appel coupa net.

Dianov sentit son corps se raidir.

Sur la table, son arme avait disparu.

À sa place : un carnet noir relié de cuir. Aucune couverture, seulement des pages alignées de symboles et de croquis de visages — les siens.

Chaque portrait représentait un homme plus vieux, plus fatigué, jusqu’au dernier où il se tenait comme maintenant, debout dans son salon, l’expression perdue.

Sous ce dessin, une phrase :

« Dernière écoute : ton silence. »

Il se rua vers la porte ; la poignée était brûlante.

La lumière vacilla.

Tout l’immeuble s’éteignit.

— Qui est là ?! cria-t-il.

Une silhouette se forma dans l’ombre du couloir : un grand manteau sombre, et ce bruit infime, régulier, comme le frottement d’un fil tiré lentement.

— Tu ne m’as jamais écouté quand j’étais toi, Dianov.

Le commissaire recula, le souffle coupé.

La voix… c’était la sienne. Identique.

— Je t’ai dit de fermer la bouche, chuchota l’autre. Je t’ai appris à coudre, à faire taire les cris. Tu m’as oublié.

Une main surgit, tenant une aiguille longue comme un stylet. Le métal brillait faiblement dans la pénombre.

Dianov sortie une arme — celle qu’il croyait perdue — et tira.

Une fois.

Deux.

Trois.

Le silence revint aussi vite que la pluie.

Quand les voisins alertés ouvrirent la porte une heure plus tard, ils trouvèrent le commissaire Dianov assis au centre du salon, parfaitement calme.

Son visage restait intact.

Pas une trace de sang sur ses habits.

Mais sous son menton pendait un fil noir, encore humide, attaché à une aiguille plantée dans sa propre gorge.

Sur le mur, écrit avec un ton de mépris tranquille :

« Tu ne t’écoutes jamais quand tu parles. ».

Le lendemain, la presse annonça la mort du Couturier.

Et, au commissariat, quand on vida son bureau, on trouva dans le tiroir principal un dictaphone encore en marche.

Une voix souffla à travers les grésillements :

— Chut… écoute.

C’est ici que je recommence.


FIN


Ce texte appartient à H. L. Noctis qui en est le propriétaire. Merci d’utiliser cette référence en cas de partage et de copier le texte sans modification.


 
 
 

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